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Réflexion sur la cohérence du développement énergétique au Québec

Choisir le Nord, c’est respecter la dignité de nos milieux de vie tout en misant sur l’efficacité technique dans une zone de vents dominants. 

Nous avons reçu cette lettre ouverte de Marc Lapointe, ancien ingénieur chez Hydro-Québec, et nous trouvions important de vous la partager. Bonne lecture !
 
𝐑𝐞́𝐟𝐥𝐞𝐱𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐡𝐞́𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐝𝐞́𝐯𝐞𝐥𝐨𝐩𝐩𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐞́𝐨𝐥𝐢𝐞𝐧 𝐞́𝐧𝐞𝐫𝐠𝐞́𝐭i𝐪𝐮𝐞 𝐚𝐮 𝐐𝐮𝐞́𝐛𝐞𝐜

« Dans sa volonté d’ajouter 10 000 MW d’énergie éolienne à son réseau d’ici 2035, Hydro-Québec a relancé récemment des appels d’offres pour 1500 à 3000 MW. Dans ce dossier, la société d’État choisit la voie de la facilité technique en ciblant des régions rurales selon une acceptabilité sociale souvent réduite à des transactions financières avec les municipalités, au détriment de la qualité de vie réelle des citoyens.

Dans les régions visées, les scissions sociales sont évidentes et l’opposition grandit. Les éoliennes de nouvelle génération (6 à 7 MW) sont gigantesques avec une hauteur d’environ 210 mètres. Pour illustrer cette démesure : elles sont deux fois plus hautes que le pont Laviolette ou la statue de la Liberté, soit une hauteur comparable à un édifice d’une soixantaine d’étages. On demande aujourd’hui aux citoyens ruraux de subir une perte de valeur de leur propriété et de leur qualité de vie pour un bénéfice collectif urbain et industriel. C’est un transfert de richesse caché qui doit être dénoncé.

D’ici 2035, si rien ne change, nos paysages seront transformés en zones industrielles fragmentées par des milliers de kilomètres de servitudes et de chemins d’accès. Une pause technique est requise. Planifions avec rigueur plutôt que de bâtir dans l’urgence. On ne peut transformer des milieux de vie sans en mesurer toutes les conséquences physiques et environnementales.

Le paysage québécois est notre héritage commun, pas une ressource industrielle vacante.

Le Québec peut faire mieux. Nous avons prouvé notre génie avec les complexes hydroélectriques de la Côte-Nord et de la Jamésie. Pourquoi ne pas répéter l’exploit en centralisant le développement éolien là où le vent est de classe mondiale (classes 5 et 6)? Les 4 millions d’hectares dévastés par les feux de forêt de 2023 dans le Nord offrent une occasion unique d’installer ces parcs sur des territoires vastes déjà marqués par la nature, loin des zones habitées.

De plus, l’ajout massif d’éolien impose une pression énorme sur la stabilité du réseau. En installant ces parcs dans le Nord, on peut coupler la production aux grands réservoirs existants. Ceux-ci deviennent alors une « batterie » géante qui compense l’intermittence du vent, optimisant ainsi les lignes de transport déjà en place. Un projet centralisé permettrait également d’optimiser la logistique d’installation et l’entretien par des équipes dédiées, tout en confinant les nuisances sonores et visuelles loin des populations.

Choisir le Nord, c’est respecter la dignité de nos milieux de vie tout en misant sur l’efficacité technique dans une zone de vents dominants. Soyons créatifs et audacieux. Permettons à nos enfants de vivre dans un monde où ils ne seront pas des Don Quichotte face à des moulins géants. »

Marc Lapointe
Nicolet, QC

Mai 2026

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1 commentaire(s)

  1. Excellent article. Il n’est pas trop tard et je crois qu’il faut désormais pousser fortement dans cette direction, ce qui aiderait à porter notre message. Ça rejoint parfaitement et en totalité ce que j’ai toujours pensé et véhiculé. Compte tenu des nouveaux appels d’offres, ce message doit être distribué et partagé auprès de toutes les communautés des secteurs du Sud du Québec devant désormais composer avec les récents appels d’offres. L’éolien est une forme d’énergie propre et digne d’être développée en des lieux pour accéder à son plein potentiel, idéalement sous la maîtrise d’Hydro-Québec ou à défaut, par l’entreprise privée comme fait depuis quelques années. Connaissant le territoire du Nord du Québec pour des activités passées de chasse et de pêche, j’avais moi-même cité sur les réseaux : « Personne ne peut être totalement contre cette forme d’énergie qu’est l’éolien. Ce que nous disons et avons toujours véhiculé est qu’il y existe plus de 90 % du territoire québécois où elles peuvent être implantées autrement qu’en territoire agricole et en milieux habités. Ce développement doit se faire en territoire non organisé (TNO), le long des grandes rivières du Nord du Québec, aux environs des grands barrages, au pourtour des grands bassins hydrauliques, à proximité des territoires miniers en exploitation ou non, bref, dans tous les secteurs déjà perturbés. Pourquoi ne pas poursuivre ce développement énergétique en même lieu que les complexes Manic-Outardes sur les 225 kilomètres de la route 389 et du côté de la Baie James, parallèle aux 629 kilomètres de la route Billy-Diamond ? Si vous circulez sur les routes du nord (Baie James et Manicouagan), vous verrez que l’espace disponible et la facilité d’implantation de ces centrales énergétiques autonomes tout au long de ces accès ne seraient aucunement un problème. Ce sont des chemins parsemés de multiples réseaux de transport d’énergie déjà en place. Si on parle de faibles impacts sur l’environnement, les écosystèmes, les milieux naturels et la faune, je ne sais si vous avez déjà parcouru les 666 kilomètres de la route Trans-Taïga où on ne retrouve qu’un boisement parsemé de quelques arbres ici et là, dont certains n’ont atteint qu’un diamètre de 5 pouces au tronc après 20 ans d’âge. C’est le genre d’endroit idéal d’où pourrait démarrer l’ensemble de tous les projets de développement énergétique éolien du genre avec accès direct parallèle de possibilités démesurées d’implantation de part et d’autre à cette route menant vers Caniapiscau. Celle-ci, d’accès à la centrale hydroélectrique de Brisay, dessert déjà également plusieurs installations d’Hydro-Québec. Nos plus grandes ressources hydrauliques actuelles partent du Nord du Québec, pourquoi en serait-il différent pour l’implantation d’infrastructures relevant de l’industrie du vent en examinant et comparant les tableaux des régions possédant le plus grand potentiel éolien ? » Voyez les différents tableaux de l’inventaire du potentiel éolien technique du territoire québécois. À partir du chapitre 5.3 (pages 27 à 32), vous constaterez la pertinence de profiter pleinement des régions du Nord du Québec qui possèdent un potentiel éolien évalué en millions de mégawatts.
    https://www.economie.gouv.qc.ca/fileadmin/contenu/documents_soutien/secteur_activites/energie/vent_inventaire_inventaire_2005.pdf
    Quelle est cette logique derrière cette nouvelle mode d’installer ces infrastructures de plus en plus hautes et puissantes à proximité des milieux de vie, mis à part le fait d’avantager toutes ces industries du vent milliardaires en ne voulant leur imposer le moindre investissement en coût de transport d’énergie électrique ? Hydro-Québec n’a toujours qu’un seul argument à présenter : « facilité de raccordement ». Si on suit la même logique de la solution proposée ici pour des éoliennes toutes positionnées à l’intérieur d’un corridor est-ouest de cette route de 666 km, dominées par des vents de constance nord, on aurait avantage à soigneusement analyser cette possibilité à partir de laquelle on pourrait vraiment parler de développement durable. La distance ? Ça ne représente aucun problème, sachant de plus que les pertes énergétiques pour ce transport d’énergie à partir de pylônes de 735 kv ne sont que de 2 à 3 % par 1000 kilomètres de distance, ce qui est très minime et orientable en équilibrage pour un parfait mix énergétique. Du budget défini de 55 milliards pour la construction de nouvelles lignes de transport, un effort concerté devrait être fait pour l’étude et l’analyse de réseaux de transport démarrant de ce secteur nord du Québec. L’exigence auprès d’HQ d’une étude de faisabilité en ce sens devrait aussi être élaborée.

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